29 avril 2018

Épisode 2 : « Consult'annonce »

Ui bonjour cc cé le kancer
chronologie consultation annonce

Il faut « mouvoir »

Je vais pas vous le cacher, j’adore les urgences, j’aime tellement ça que j’y suis repassé plusieurs fois entre la sortie de ma première hospitalisation et ma consultation du 8 mars. Mon corps a tellement « adoré » les multiples cathéters qu’il a répondu par une « TVS » (Trombose Veineuse Superficielle) sur chaque bras (pas de jaloux) ! Je vous garantis que niveau douleur, on se rapproche d’un bon 710 et celles la n’étaient que « superficielles ». Pour information, une trombose c’est la formation de caillots de sang dans les vaisseaux sanguins et niveau sensation, c’est comme si du verre pilé était mélangé à votre sang à l’endroit où c’est trombosé. Agréable, n’est-ce pas ? Avec le recul je me dis qu’avec mes mouvements à la C3PO, j’aurai largement pu avoir un rôle dans le prochain Star Wars (note à moi même : faire une vanne pour les trekkies dans le futur), mais bon, la célébrité c’est quand même lourd à porter. Bref, j’arrive une première fois aux urgences, et après une attente, qu’on va qualifier de « longue » je finis par passer le premier sas et je recontre l’infirmière.

Je comprends rapidement qu’elle est de mauvaise humeur, fatiguée et qu’elle en a marre (très habituel dans les urgences). Elle n’écoute pas ce que je lui dis et n’a pas envie de comprendre pourquoi je viens. Je finis quand même par lui expliquer que c’est probablement un trombose veineuse et pour « vérifier » elle se met à me frotter le bras avec ses mains façon « je scratch un vinyl », c’est un 1010 pour la douleur.

Ensuite, je passe en pièce de consultation avec le médecin. Je dirais que la consultation a duré 5 minutes. 3 minutes durant lesquels j’explique mon parcours, les perfusions et tout le tsoin tsoin. 1 minute où il m’examine et une dernière minute et pour finir :

Je sais que c'est dur monsieur, mais il faut mouvoir, mouvoir, mouvoir
Mettez le froid et mouvoir mouvoir mouvoir, vous verrez, ça ira mieux
Courage monsieur. Il faut mouvoir ça va tout changer !

Je sors des urgences avec un pansement alcoolisé et une attelle et un diagnostic un peu « léger ». MAIS JE VAIS MOUVOIR À FOND, PROMIS !

Scintille, petit cancer

Bon mouvoir c’est bien, mais je dois passer deux scanners complémentaires pour que l’équipe qui me prend en charge comprennent la nature de cette lésion (voir épisode précédent). Je pars donc pour l’hôpital direction le scanner abdomino pelvien puis le PET scanner.

Scanner abdomino pelvien

Chaque scanner a son combo de produits de contraste spécifique, pour celui la il y en a un a deux.

Le premier est à avaler, c’est une sorte de pâte rose absolument dégueulasse. Imaginez un dentifrice pour enfant moisi avec une texture de bonbon haribo fondue qu’il faut garder dans la bouche 30 secondes avant que l’opérateur ou l’opératrice vous dise :

C'est bon vous pouvez avaler !

Comptez deux ou trois rasades de cette délicieuse substance.

Le second s’injecte en intra et vous donne la singulière impression que vous êtes entrain de vous pisser dessus. La combinaison des deux produits offrant un état global plutôt « pas spécial ».

A moitié à poil, c’est parti pour 10 minutes de scanner, transporté par des bruits électroniques tirées d’un feat entre Raoul Sinier et Venetian Snares, du grand art.

Quand « mouvoir » ne suffit plus

En sortant du scanner, j’attends les retours du médecin qui m’indique qu’effectivement il y a bien une lésion au niveau de l’oesophage (sans dec ?) mais qu’il n’est pas en mesure d’identifier la nature de celle-ci. Il ajoute à ça une liste d’autres anomalies pour lesquelles je tente d’avoir des réponses et bon, comme je suis trop curieux il fini par me dire :

Non mais vous savez, les machines sont sophistiquées maintenant, elles
détectent la moindre petite anomalie, même bénigne !

Ouais mais, du coup ça sert à quoi de m’en parler si quand je demande du détail tu réponds à côté ?

Avant de partir, je profite de l’occasion pour lui montrer mes bras, qui malgré toute la mouvance du monde sont toujours trombosés. Ça l’inquiète quand même un petit peu que ces tromboses persistent et il me demande de passer aux urgences avant mon PET Scanner.

Rebelotte, second passage aux urgences pour la même chose que la première fois. La différence c’est que dans 1h30 je suis attendu dans le batîment en face pour un examen qui coute 1500€. C’est magique, j’ai l’impression que le temps se rétracte, je n’attends JAMAIS, je passe de l’accueil à l’attente puis au médecin en moins 20 minutes. Pif paf pouf, on m’envoit à toute vitesse passer une échographie dopler pour vérifier l’état de mes veines. Le praticien me tartine de gel comme un enfant qui prépare sa première crêpe à la pâte à tartiner tout seul et il passe rapidement sur les veines principales de mes bras. RAS, c’est que du superficiel, il faut attendre et appliquer des pansements alcoolisés (ah oui, comme la première fois en fait, mais avec un vrai diagnostic cette fois-ci).

Je repasse rapidement par la case urgence pour recroiser la médecin qui m’a pris en charge cette fois-ci. Qui me fout dehors en s’auto-félicitant de sa réussite (je suis passé super vite toussa) devant mon regard indifférent. Heureusement, un brancardier sympa m’indique vaguement où je dois aller histoire de ne pas arriver plus en retard que je ne le suis déjà. Nous partons donc à pied, en direction du batîment avec l’écrito qui fait peur : « Médecine Nucléaire »

PET Scanner !

Avant de rentrer dans la narration, une petite explication s’impose.

Le PET Scan ou TEP Scan ou Scintigraphie est un examen médical qui permet de détecter les tumeurs cancéreuse ou les métastases et de surveiller leur évolutions. Le principe est assez simple.

Ensuite, après analyse des résultats, le médecin est capable de répondre à la question : cancer ou pas cancer ?

Compris ? Pas compris ? Peu importe, je reprends la narration.

Après avoir fait 4 fois le tour du service, je trouve enfin la porte. J’entre donc en retard dans le service et tout le monde m’attends déjà, genre célébrité locale. On m’installe dans une petite pièce de soin, sans fenêtre et peu lumineuse. Pose d’un catheter (pour changer) avec hydratation puis l’infirmière arrive avec l’attirail nucléaire. Elle pose sur une table avec une vitre protectrice un obus en plomb qu’elle déverrouille ensuite comme un artefact ancien d’un film d’aventure des années 80. Elle branche l’artefact des temps anciens sur mon cathéter et elle m’injecte la substance radioactive et c’est parti pour… une heure d’attente.

Et une heure d’attente sans téléphone, sans lecture, sans bouger, dans une pièce sans lumière pas super confortable, avec au pire un buit de VMC mal foutue, c’est vraiment, très très chiant. 60 minutes plus tard, je suis allongé et le scanner commence et dure environ 20 minutes. Une fois que c’est terminé, je me rhabille direction la salle de restauration (ah oui j’oubliais, faut être à jeûn pour les deux examens, j’ai donc super soif et une faim de loup en sortant). J’ai faim donc je mange. Bordel, je sais pas qui prépare les plateaux repas, mais mettre du pain de mie au frigo c’est un crime, j’ai failli mourir étouffé à la première bouchée ! Bon c’est toujours mieux que rien et je profite autant que possible de ce superbe repas avant de rentrer à la maison.

Consultation d’annonce

C’est le grand jour, on est le 8 mars. C’est aujourd’hui que je vois le gastro-entéro. C’est aujourd’hui que je vais apprendre la nature de cette lésion « atypique ». J’arrive en taxi à l’hôpital, comme d’hab. Je passe par le bureau des entrées, comme d’hab. J’attends mon tour, comme d’hab. Il y a un peu de retard, comme d’hab. Je rentre dans le bureau du médecin, je m’installe.

Bonjour
Bonjour
Comment allez vous ?
bien et vous ?
bien

comme d’hab.

Il rentre assez directement dans le tas après un rapide résumé des épisodes précédents : j’ai un adénocarcinome. Outch, petit coup de poing dans le ventre. Merde. 10 secondes pour encaisser la nouvelle, pourquoi moi ? bouarf, on sait pas trop, mais il y a d’autres informations importantes. Le ganglion axillaire gauche scintille également. Pour le moment, la taille n’est pas trop suspecte (il peut être inflammé parce que le circuit lymphatique combat une infection et j’avais une grippe à cette période) mais il va falloir le prélever pour s’assurer qu’il n’est pas de nature cancéreuse. Si c’est le cas, aie, le cancer est métastasé, c’est la grosse merde (je résume) sinon, c’est un protocole assez standard qui s’applique (chimio, rayons, chirugie). Ensuite il m’expose la suite (une masse d’information ultra condensé en à peine 10 minutes) :

Il me conseille d’aller le plus rapidement possible voir mon médecin traitant pour ouvrir mon droit à l’ALD (Affection Longue Durée) et activer le remboursement des soins à 100%.

Avant que je parte, il m’explique que ça va être pour moi la période la plus difficile psychologiquement. D’une part je sais que j’ai un cancer, d’autre part je sais pas s’il est métastasé ou non. Du coup, je ne sais pas encore exactement quel traitement je vais avoir ni quelle va être la suite.

En résumé :

Devant c'est le brouillard mais il va quand même falloir ce jeter dedans, bon voyage.

Ensuite il me « libère », oui, oui, louchement ce sont ses mots à la fin de consultation… Je sors dans le couloir, je tourne un peu en rond, je sais pas trop ou aller… Je contacte le taxi pour qu’il vienne me chercher, ensuite j’avertis mes proches. Voila, c’est réel, j’ai un connard de cancer.

(c|k)ancer

Maintant que je sais que j’ai un cancer, il faudrait quand même que je comprenne ce que c’est, non ?

CÉKOI, LE CANCER ?

Cancer, en voilà un mot qui fait peur. En fait, un cancer, ça n’existe pas, on va plutôt parler de cancerS. C’est un mot fourre tout qui englobe un ensemble de maladies qui ont toutes un point commun : la multiplication et la propagation de cellules anormales. Sans traitement, la fin de l’histoire est plutôt simple : la mort. Les causes de ces maladies sont aux choix, génétiques, environnementales, liées à un mode de vie, à une infection, la loterie quoi.

Au début, le cancer et les cellules anormales sont localisés au niveau d’une tumeur. Sans actions, elles peuvent acquérir la capacité de s’échapper via les vaisseaux sanguins ou lymphatique. Ce faisant, elle deviennent capables de coloniser d’autres organes qui vont petit à petit dégénérer en cancer. C’est ce qu’on appelle des métastases et cela devient extrêmement difficile à soigner.

En cancéro moderne, la marche à suivre est maintenant plutôt standard. Un traitement à base de chimiothérapie qui va détruire toutes les cellules qui se multiplient (les cancéreuses mais pas que), des rayons ciblés sur la tumeur et une chirurgie pour retirer la tumeur avec une surveillance très rapprochée par la suite pour éviter et contrôler les récidives.

Et le kancer, alors ?

Pour l’anectode, dans les milieux médicaux, cancer est parfois abrégé avec un K majuscule ou un C barré. Quand je suis allé voir mon médecin traitant pour mon arrêt de travail et l’ALD je pense qu’il s’est mélangé les pinceaux et il a commencé à écrire « K » puis il a dû se dire,

Merde, c'est un papier officiel

Et il a fini par écrire « Kancer », merci à lui, il a au moins inspiré le nom de domaine du blog.

LOL.

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